Biographie Stomy Bugsy

Jeunesse entre Paris et Sarcelles

C'est en mai 1972 que Gilles Duarte voit le jour dans le IXe arrondissement de Paris. Plus précisément, sa naissance a lieu à la clinique Villa Marie Louise, dans la même salle d'accouchement que Johnny Hallyday ! Ses parents sont originaires du Cap-Vert. Sa mère, Marie-José Oliveira-Picoteiro, vient de la ville de Mindelo, et son père a grandi à Dakar. Très tôt, la famille s’installe à Sarcelles, en banlieue parisienne, un territoire qui marquera profondément son imaginaire et son écriture. Il y grandit aux côtés de ses cinq frères et sœurs, dans un environnement multiculturel, mais aussi confronté aux inégalités sociales. À Sarcelles, il se lie d’amitié avec Passi, son futur complice au sein du Ministère A.M.E.R., et il rencontre les premières influences du hip-hop, alors tout juste naissant en France. Sa sœur, Pauline Duarte, s’inspire de la trajectoire de son grand frère pour se tourner vers l’industrie musicale. Elle deviendra plus tard une figure influente du secteur. Après Sarcelles, la famille déménage à Paris, près de la Porte de la Chapelle. C’est là qu’il rencontre Doc Gynéco, un autre futur compagnon de route…

 

Ministère A.M.E.R. : naissance d’un rap frontal et sans filtre

Le tournant se fait au début des années 1990, lorsque Gilles Duarte passe de spectateur à acteur du rap français. Il rejoint Passi, son ami d’enfance de Sarcelles, déjà actif sur Radio Nova avec Moda, et ensemble, ils fondent Ministère A.M.E.R. avec Hamed Daye. Le groupe se fait très vite remarquer par ses prises de position tranchées et ses textes sans concession. Son premier maxi, "Traîtres", sort en 1991, suivi par "Pourquoi tant de haine" en 1992. Cet album impose le style de Ministère A.M.E.R. : un rap cru, militant, qui aborde les violences policières, le racisme et les inégalités sociales. Le titre "Brigitte, femme de flic" déclenche une polémique nationale. Charles Pasqua, alors ministre de l’Intérieur, tente de faire interdire l’album. La plainte n’aboutit pas, mais le groupe gagne en notoriété. En 1994, Ministère A.M.E.R. frappe fort avec "95200", un album plus abouti qui reflète l’ancrage à Sarcelles de ses membres. Le disque est salué par la critique et devient culte. En 1995, le titre "Sacrifice de poulets", écrit pour la B.O. du film La Haine, vaut au groupe une condamnation pour provocation.

 

Carrière solo et G-funk à la française

En 1996, Stomy Bugsy quitte l’aventure Ministère A.M.E.R. pour se lancer en solo. Il s’inspire du rap californien et il impose un univers nouveau en France. Son premier album, "Le calibre qu’il te faut", connaît un succès immédiat : certifié double disque d’or, il s’écoule à plus de 200 000 exemplaires, et il atteint la neuvième place des classements. Le rappeur marque notamment les esprits avec le titre "Mon papa à moi est un gangster". Mi-confession, mi-provocation, ce morceau devient un classique. Il enchaîne deux ans plus tard avec "Quelques balles de plus pour… le calibre qu’il te faut", dans la même veine. En parallèle, il rejoint le collectif Secteur Ä, né dans le sillage du label éponyme. Ce groupe réunit Doc Gynéco, Passi, Ärsenik, Nèg’ Marrons, MC Janik ou encore Hamed Daye. Ensemble, ils montent sur la scène de l’Olympia les 22 et 23 mai 1998 pour deux concerts célébrant l’abolition de l’esclavage.

 

Le rap, oui, mais pas que !

Dès la fin des années 1990, Stomy Bugsy élargit son terrain d’expression en investissant les plateaux de cinéma. En 1997, il décroche un rôle dans Ma 6-T va crack-er, film culte sur les cités et les révoltes urbaines. Deux ans plus tard, il joue dans Les Jolies Choses et Le Boulet, puis il s’impose dans des rôles plus marquants, comme celui de Carlos Gomez dans Gomez et Tavarès (2003) et sa suite Gomez vs Tavarès (2007). En 2009, il interprète le journaliste martiniquais André Aliker dans Aliker, film engagé sur la liberté de la presse. Ce rôle lui vaut un trophée des arts afro-caribéens. Au fil des années, il multiplie les apparitions à la télévision, notamment dans les séries Anna Meyer, assistante de choc et Falco. En 2022, il rejoint sur TF1 la série Léo Mattéï, Brigade des mineurs dans laquelle il incarne le commissaire Daguerre aux côtés de Jean-Luc Reichmann.

 

Des "Royalties" aux Traîtres

En 2015, après plusieurs années assez discrètes, Stomy Bugsy revient avec l’album "Royalties", distribué en téléchargement payant. Il y défend une vision indépendante de la musique, et il s’adresse directement à ses fans. En parallèle, il renoue avec la scène. En 2017, il annonce la reformation du Secteur Ä pour une tournée célébrant les 20 ans des concerts de l’Olympia. Il ne délaisse pour autant pas le métier d'acteur et campe un rôle récurrent dans Léo Mattéï, Brigade des mineurs sur TF1. La même année, il participe à l’émission Les Traîtres sur M6. Il y défend l’association Les graines de Cabo Verde en hommage à ses origines.

Albums