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Comment La Belle et la Bête a lancé la carrière américaine de Céline Dion

Si la chanteuse québécoise a d'abord connu le succès en France et dans les pays francophones, les années 90 ont marqué son accession au sommet de l'autre côté de l'Atlantique, avec l'aide de Disney.

Comment La Belle et la Bête a lancé la carrière américaine de Cé © ©Todd Williamson / Getty Images

Chanter en anglais, un désir de longue date

Le désir pour Céline Dion de se frotter à la langue de Shakespeare est apparu très tôt au cours de sa carrière, dès ses tout premiers succès francophones. Son premier album en anglais, "Unison", sort d'ailleurs dès 1990. Il est produit par David Foster, connu pour son travail sur les albums de Barbra Streisand, qui lui concocte un album parfaitement calibré pour le marché américain de l'époque, dominé par le soft-rock (sous-genre du rock et de la folk, mettant l'accent sur l'acoustique et sur les ballades et les mélodies). L'album sera un semi-succès dont seul le titre "Where Does My Heart Beat Now" se détachera réellement au moment de sa sortie. Pendant deux ans, la chanteuse va enchaîner les essais jamais transformés, à l'image de sa participation à la bande-son du dessin animé "Fievel au Far-West", suite de "Fievel et le Nouveau Monde" produit par Steven Spielberg dans les années 80. Le salut arrivera pour la chanteuse québécoise grâce à un autre film d'animation, au succès nettement plus retentissant. Pourtant, quand Céline Dion se voit contactée par Disney en 1992, elle se montre dans un premier temps dubitative.

Le début d'une Histoire éternelle

La firme aux grandes oreilles, qui vient d'essuyer le refus de Linda Ronstadt, une chanteuse country très populaire, lui propose de reprendre la chanson d'amour de "La Belle et la Bête" pour le générique de fin. Si, aujourd'hui, ce genre de procédé est monnaie courante dans les films Disney, c'était la première fois à l'époque que le studio s'y essayait. De son côté, Céline Dion, encore échaudée par l'échec de "Fievel au Far West", craint de revivre la même désillusion. Ce n'est qu'en écoutant une première version d'"Histoire éternelle" telle qu'on l'entend dans le film, qu'elle décide d'accepter la proposition. Dans le film, c'est Madame Samovar, la servante changée en théière, qui interprète la chanson sur laquelle Belle et la Bête tombent amoureux dans la salle de bal. Et aux États-Unis, sa voix n'est autre que celle d'Angela Lansbury, légende de Broadway surtout connue pour le rôle culte de Jessica Fletcher dans la série "Arabesque". Autant dire que le challenge était élevé pour Céline Dion, qui ne jouissait pas du tout de la même popularité à l'époque.

Une rencontre décisive

Pour sa version, la chanson est retravaillée par un certain Walter Afanasieff, qui n'est autre que celui qui produira les plus grands succès en anglais de Céline Dion, dont le "My Heart Will Go On" de Titanic. Cette rencontre s'avérera décisive : en association avec Peabo Bryson, très populaire chanteur R&B à l'époque, "Beauty and the Beast" est un immense succès. Le titre se hisse dans le Top 10 du prestigieux Billboard Hot 100, et s'écoule à plus de 500 000 exemplaires outre-Atlantique. Cerise sur le gâteau, elle décroche l'Oscar de la meilleure chanson originale. Le lendemain de la cérémonie, la chanteuse, toujours accompagnée d'Afanasieff, sort "Celine Dion", son deuxième album en anglais, auquel a également collaboré un certain Prince sur le titre "With This Tear". Trois millions d'albums vendus aux États-Unis plus tard, Céline Dion est devenue un phénomène dans le pays, au point d'être choisie pour chanter lors de l'investiture de Bill Clinton l'année suivante. La chanteuse acceptera de revenir pour le remake de "La Belle et la Bête" en 2017. Elle n'y reprend cependant pas "Beauty and the Beast", honneur laissé à Ariana Grande et John Legend, mais une composition originale, "How Does a Moment Last Forever".