Le -
modifié le -

Johnny Hallyday : comment les États-Unis l'ont inspiré ?

Avec ses innombrables hits, Johnny Hallyday n'a cessé de chanter son amour de l'Amérique, même si cette dernière ne lui a pas toujours aussi bien rendu.

Johnny Hallyday : comment les États-Unis l'ont inspiré ? © Getty Images

Une jeunesse sous le sceau de l'Amérique

S'il est bien une chose qui n'a pas changé au cours des cinquante ans de carrière de Johnny Hallyday, c'est sa fascination et son amour pour la culture américaine. De l'époque "Idole des jeunes" à ses derniers albums plus intimistes, les États-Unis et ses mythes sont au cœur de toute son œuvre, au point que le Belge Jean-Philippe Smet a choisi un nom de scène non pas français, mais américain.

Ce pseudonyme, il le tient de Lee Hallyday, qu'il considérait comme son père de substitution. Johnny Hallyday n’a jamais vraiment connu son père, car ce dernier ne l’a pas reconnu à sa naissance. De son vrai nom Lee Lemoine Ketcham, ce danseur acrobatique était l'époux de Desta Mar, la fille d'Hélène Mar, la belle-sœur de la mère de Johnny qui l'a élevé. Pour le jeune Jean-Philippe, Lee Hallyday représentait le rêve américain que Johnny chercha toute sa vie. Il suit le couple quand il s'installe à Londres et garde comme nom de scène Johnny, le surnom que lui donne Lee, qui sera son premier producteur.

L'autre rencontre déterminante de la vie du jeune Jean-Philippe Smet fut évidemment Elvis Presley. Alors qu'il délaisse rapidement le violon au conservatoire pour apprendre la guitare, Johnny Hallyday fait la découverte du rockeur américain grâce à son autre passion, le cinéma. À 14 ans, c'est devant "Amour frénétique", dans lequel Elvis tient le premier rôle, que l'adolescent devient fan du chanteur au déhanché mythique. Sans doute se rêvait-il comme lui, capable d'endosser les deux casquettes de chanteur et d'acteur, puisqu'il avait déjà connu son premier rôle au cinéma comme figurant dans "Les Diaboliques" d'Henri-Georges Clouzot.

La fièvre yéyé et des adaptations

À la fin des années cinquante, Johnny Hallyday est loin d'être le seul à tomber sous le charme des mélodies entraînantes du rockabilly et du blues venus d'Amérique. Fraîchement installé à Paris, il fréquente le temple du rock de la capitale à l'époque : le Golf-Drouot, où il fait notamment la connaissance de deux autres vieilles "Canailles" passionnées, Jacques Dutronc et Eddy Mitchell. Il y fait découvrir les vinyles que Lee lui rapporte d'Amérique et commence à se révéler sur scène. Quand il signe son premier contrat pour Vogue, il devient la tête de proue du mouvement yéyé, dont l'une des spécialités sera d'importer et d’adapter, en les francisant, les standards rock américains. Dans ses clips ou dans les pages des magazines comme Salut les copains, Johnny adopte bien vite les codes de la culture US : blue jeans, chemises de cow-boy, chapeau Stetson et santiags, sans oublier bien sûr les Harley-Davidson qu'il adorait par-dessus tout.

"T'Aimer follement", son premier morceau, celui qui fera de lui la nouvelle "idole des jeunes", est adapté de "Makin' Love" de Floyd Robinson. Et les exemples se multiplieront au cours des années, à l'image de "Souvenirs, souvenirs", qui vient de "Souvenirs", un fond du catalogue Vogue écrit par Cy Coben. En complément de ses cartons dans les bacs, il reprend régulièrement sur scène Ray Charles, Paul Anka ou encore Carl Perkins. Tout au long de sa carrière, il reviendra puiser son inspiration dans les classiques du répertoire américain, lui offrant quelques-uns de ses plus beaux succès : "Le Pénitencier" ("House of the Rising Sun" des Animals), "Amour d'été" et "À l'hôtel des cœurs brisés" ("Love Me Tender" et "Heartbreak Hotel" d'Elvis Presley) ou encore "Le Bon Temps du rock'n'roll" ("Old Time of Rock'n'Roll" de Bob Seger). Des albums entiers de sa discographie sont même dédiés à des reprises de hits américains comme Rock à Memphis en 1975 ou Hollywood 1979, et certains morceaux comme "Quelque chose de Tennessee", composé par Michel Berger en l'honneur du dramaturge Tennessee Williams, clament l'amour de Johnny pour la culture d'outre-Atlantique.

Un amour réciproque

L'Amérique, Johnny l'aime tellement qu'il finira par y acheter une maison à Los Angeles en 1975. Il s'y installe définitivement en 2013, pour y passer les dernières années au calme, loin du tumulte de la vie de star en France. Car si Johnny était l'un des chanteurs les plus populaires en France, sa notoriété ne s'est jamais totalement exportée aux États-Unis, où il est resté relativement confidentiel toute sa vie à l'inverse de son ami Charles Aznavour.

S'il a enregistré un grand nombre de ses albums aux États-Unis, Johnny n'a donné sa première grande tournée américaine qu'en 2014. Il a cependant su trouver sa place dans le cœur des Français installés aux États-Unis, mais aussi de quelques connaisseurs, qui ont notamment loué son talent pour les ballades et les tempos les plus mélodiques. À sa mort le 5 décembre 2017, les journaux américains ont titré sur la mort de l'"Elvis Presley français". Le plus beau des hommages pour celui qui sera devenu dans son pays une idole du même statut qu'Elvis dans le sien.