Le -
modifié le -

Pink, U2, Beyoncé... quand les stars s'engagent en chansons

Comme tous les autres arts, la musique peut être un moyen d'engagement pour des artistes qui y voient une tribune pour mettre en avant leurs idées. La preuve avec ces quelques stars.

Pink, U2, Beyoncé... quand les stars s'engagent en chansons

Pink – "Dear Mr President"

Une décennie avant la présidence de Donald Trump, les artistes s'étaient déjà exprimé sur celle de George W. Bush. Parmi ses plus virulents détracteurs, peu ont poussé la critique aussi loin que Pink, bien connue pour ses positions progressistes. Face à l'engagement américain très contesté en Irak, l'opposition du gouvernement républicain au mariage homosexuel et certaines mesures pénalisant les Américains les plus défavorisés, la chanteuse laisse parler sa colère dans une lettre ouverte en chanson. Ce sera "Dear Mr. President", sur laquelle elle invite le duo folk Indigo Girls, et qui sort sur l'album "I'm not Dead" en 2006. Soucieuse de ne pas apparaître comme une opportuniste, elle décide de sortir le single dans le monde entier, sauf aux États-Unis, et ce, bien que la critique spécialisée applaudisse la sincérité du morceau. Le morceau sera un gros succès en Australie et dans l'ensemble de l'Europe, à l'exception de la France où le single n'est jamais sorti.

Beyoncé – "Lemonade"

Événement planétaire à sa sortie en avril 2016, "Lemonade" est bien plus que le sixième album solo de la Queen Bey : c'est un véritable concept mêlant musique et vidéo, le disque s'accompagnant d'un moyen-métrage d'une heure diffusé sur la chaîne HBO. Si le disque a évoqué la vie privée de la star avec son époux Jay-Z, notamment les rumeurs sur son infidélité, il est aussi une célébration politique des femmes noires. Véritable creuset de références mêlant les arts et les religions traditionelles africaines, les figures historiques comme Malcolm X, "Lemonade" évoque aussi les victimes noires assassinées par des policiers blancs (Trayvon Martin, Michael Brown et Eric Garner). Porté par le single "Formation", l'album s'est écoulé à plus de 2,5 millions d'exemplaires dans le monde, consolidant plus que jamais le statut d'icône culturelle de Beyoncé.

U2 – "Sunday Bloody Sunday"

L'histoire de "Sunday Bloody Sunday" épouse en creux celle du pays d'origine du groupe mené par Bono, l'Irlande. Elle évoque plus précisément le conflit qui a divisé l'Irlande du Nord de la fin des années 1960 à la fin des années 1990 entre protestants loyalistes, partisans de la monarchie britannique, et catholiques républicains minoritaires. Le dimanche 30 janvier 1972, l'armée abat quatorze manifestants catholiques lors d'une marche à Derry, tragédie qui donnera son nom au "Sunday Bloody Sunday". Profondément marqués comme beaucoup de leurs concitoyens, les membres du groupe s'inspireront pour composer l'un de leurs plus grands morceaux, qu'ils conçoivent avant tout comme un hymne pacifiste. Accusé par chaque camp de faire la promotion des combats politiques de l'autre, U2 ne souffrira cependant aucunement de la polémique : "Sunday Bloody Sunday" devient l'un de leurs incontournables en concert, à l'image de l'inoubliable performance live pleine de rage de Bono que l'on peut entendre sur l'album "Rattle and Hum", donnée au lendemain d'un nouvel attentat de l'IRA en novembre 1987.

Francis Cabrel – "La Corrida"

Enfant du Pays basque, Francis Cabrel est resté très attaché à ses racines et notamment au village d'Astaffort, dans le Lot-et-Garonne, où il habite encore aujourd'hui. Héritier des chanteurs à textes de la variété française, l'artiste a toujours réussi à concilier son amour du verbe et son art du songwriting directement inspiré des idoles américaines que sont Neil Young, Leonard Cohen et surtout Bob Dylan. Et si son répertoire s'est beaucoup distingué par ses chansons d'amour, il lui a aussi permis de mettre en avant ses combats politiques, notamment auprès de multiples œuvres caritatives. Mais s'il y a bien un combat que Francis Cabrel a contribué à mettre en avant, c'est celui des opposants à la tauromachie au travers de la chanson "La Corrida" sortie sur son album encore aujourd'hui le plus vendu, "Samedi soir sur la Terre". S'opposant à cette tradition pourtant très forte dans la culture qui l'a élevé, le chanteur s'imagine ici dans la peau du taureau s'apprêtant à rentrer dans l'arène pour mettre en lumière la cruauté de ce rituel. Inspirée d’une corrida à Bayonne à laquelle le chanteur avait été traîné contre son gré par des amis, la chanson est restée célèbre grâce à la répétition de l'incantation "Est-ce que ce monde est sérieux ?", reprise à la fin de chaque refrain. Ces mots sont pourtant les derniers imaginés par Cabrel au cours de l'écriture de "La Corrida", qui lui aura pris plus de trois ans !

Daniel Balavoine – L'Aziza

Impossible de ne pas avoir l'engagement en chanson sans penser à Daniel Balavoine, qui a construit sa carrière et ses nombreux succès sur ses textes profondément engagés pour la justice sociale. Balavoine a tout au long de sa vie pris position en faveur des plus démunis, et peu de textes retranscrivent aussi bien ses combats politiques que "L'Aziza". Si la chanson restera dans les mémoires collectives par le contexte de sa sortie en octobre 1985, à peine quelques semaines avant la disparition brutale du chanteur lors du Paris-Dakar 1986, elle marquera aussi par le message qu'elle transmet. Dans une France à l'époque confrontée à l'émergence du Front National que Balavoine a combattu férocement, le chanteur veut écrire un morceau qui serait comme un cri du cœur pour la solidarité entre les peuples. C'est aussi une déclaration d'amour à sa femme Corinne, juive d'origine marocaine, "L'Aziza" signifiant en arabe "la chose la plus chère". Le single s'est vendu à plus d'un million d'exemplaires et symbolise encore aujourd'hui ce qui a construit l'incroyable popularité de Daniel Balavoine : une sincérité jamais remise en question.

Source : HREF