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Les secrets du clip légendaire de "Thriller" de Michael Jackson

S'il y a bien un clip qui symbolise le génie créatif du Roi de la Pop, c'est bien celui de Thriller. Un court-métrage démesuré et d'une ambition folle, qui laisse derrière lui son lot de légendes.

Un clip refusé par les producteurs

Lorsque Michael Jackson décide de donner à "Thriller", son propre clip vidéo, le succès de son album éponyme n’est déjà plus à prouver. Sorti en novembre 1982, il s’en écoule, pendant les premiers mois, jusqu’à un million d’exemplaires par semaine. Plusieurs singles ont déjà été lancés dont "Billie Jean" et "Beat It", qui ont rattrapé le lancement décevant du premier single, "The Girl is Mine". À l’été 1983, les ventes de "Thriller" commence à légèrement décliner, ce qui inquiète Michael Jackson, qui veut relancer la machine sous l’impulsion de son manager Frank DiLeo. Les deux hommes ont la folie des grandeurs : ils veulent un clip d’un quart d’heure réalisé par le cinéaste John Landis au budget estimé à plus de 900 000 dollars, une fortune pour l’époque. Beaucoup trop pour le studio CBS, qui ne voyait pas l’utilité d’investir autant d’argent pour un album qui s’était déjà très bien vendu. Michael Jackson investira lui-même près de 150 000 dollars pour financer le clip, et l’aide des chaînes de télévision MTV et Showtime permettra au final au clip de se faire.

Thriller : Une ambition de cinéma

Plus encore qu’un clip musical, "Thriller" prend vie sous la forme d’un court-métrage horrifique de 14 minutes, hommage au film d’horreur. Pour le réaliser, Michael Jackson pense immédiatement au réalisateur John Landis, dont il a adoré "Le Loup-garou de Londres" sorti en août 1983. Si de nos jours, il n’est pas rare de voir des cinéastes se frotter à l’exercice du clip musical (qui a même servi d’école à certains d’entre eux), c’était pour l’époque une quasi-première. Par curiosité, le réalisateur accepte de prendre part au projet en compagnie d’une partie de l’équipe du film, dont le maquilleur Rick Baker, légende hollywoodienne du maquillage ayant entre autres travaillé sur les sagas "Star Wars" et "Men in Black". Le clip multiplie par ailleurs les clins d’œil aux classiques du cinéma de genre comme "Le Fantôme de l’opéra" ou "La Nuit des morts-vivants".

Une veste rouge pleine d’histoire

C’est probablement l’objet le plus iconique du clip, et peut-être de l’histoire de la pop dans son ensemble : la veste en cuir rouge dans laquelle le King of Pop se déhanche dans "Thriller" est devenue, avec les années, inséparable du morceau lui-même. Avec ses bandes noires sur le devant et les manches, qui forment l’initiale M du prénom du chanteur, elle est emblématique du style même de Michael Jackson. Derrière ce vêtement devenu culte, on retrouve la costumière Deborah Nadoolman. Au-delà d’être l’épouse de John Landis, elle est surtout une des références hollywoodiennes dans le domaine puisqu’on lui doit entre autres la veste et le fedora mythiques d’Indiana Jones ou les costumes de crooners des Blues Brothers. Son design simple et ses épaules renforcées avaient pour but d’offrir au chanteur une tenue à la fois confortable pour danser tout en soulignant la virilité de son personnage. Et si elle a choisi le rouge, c’est parce que c’était la couleur qui se détachait le plus à l’écran dans les univers sombres du clip (le cinéma, la ruelle de nuit...). Devenue un phénomène de mode qui a traversé toutes les années 1980, reprise en hommage par de nombreux artistes depuis, elle s’est vendue à plus de 1,8 million de dollars aux enchères en 2011.

De Playboy à la postérité : la chance d’une vie pour Ola Ray

Si "Thriller" est un clip horrifique, c’est également une romance inspirée par l’esprit des années 1950. Pour incarner la jeune femme que séduit le jeune Michael, les producteurs avaient dans un premier temps contacté l’actrice Jennifer Beals. Fraîchement auréolée du carton mondial de "Flashdance" sorti quelques mois plus tôt en salles, Beals aurait dû former à l’écran avec son partenaire le couple tendance du moment. Mais celle-ci refusa la proposition, et après l’audition de plusieurs centaines de candidates, le choix de Landis se porte sur l’inconnue Ola Ray, de par l’alchimie qui s’est nouée avec Michael Jackson sur le plateau. Une sacrée opportunité pour la jeune femme de 24 ans, dont le réalisateur découvrira plus tard qu’elle avait posé pour le magazine Playboy en 1980. Malgré le triomphe du clip, elle ne percera finalement jamais au cinéma, sa carrière s’arrêtant à la fin des années 1980.

Un clip qui a failli disparaître dans les flammes

Sorti dans les salles de cinéma, diffusé en boucle sur les antennes de MTV et sorti en cassette vidéo accompagné de son making-of, "Thriller" est devenu un véritable phénomène culturel, qui contribuera à faire de MTV la chaîne du clip musical incontournable des années 1980. Régulièrement voté comme le meilleur clip vidéo de l’histoire, il a donné lieu à des centaines de reprises et de parodies, l’une d’entre elles ayant réuni près de 13 000 danseurs en même temps au Mexique. Et pourtant, le clip a bien failli ne jamais arriver sur les écrans à cause... de la religion. Michael Jackson appartenait en effet au mouvement des Témoins de Jehovah, qui l’ont menacé d’excommunication parce que le clip promouvait selon eux le satanisme et les rites démoniaques. À peine deux semaines avant le lancement du clip, le chanteur a demandé à faire détruire les négatifs de "Thriller" avant d’être raisonné par son assistant John Branca. C’est pour cette raison que le clip s’ouvre par la mention "En raison de mes fortes convictions personnelles, je tiens à préciser que ce film ne fait en aucun cas la promotion d’une quelconque croyance en l’occulte".